1 juillet 2026 4 min de lecture Islamologia

L’arc-en-ciel, ou le Dieu qui regrette et qui a besoin de se souvenir

L’arc-en-ciel passe pour le plus tendre des symboles bibliques : le signe de la paix retrouvée entre Dieu et les hommes après le Déluge. Mais qu’on remonte le récit de la Genèse, et la scène devient plus troublante qu’il n’y paraît — car tout commence par un Dieu qui regrette d’avoir créé l’homme.1

BibleCoran

L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. Et l’Éternel dit : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits.

Genèse 6:6-7

Moïse dit : La connaissance de leur sort est auprès de mon Seigneur, dans un livre. Mon Seigneur ne commet ni erreur ni oubli.

قَالَ عِلْمُهَا عِندَ رَبِّى فِى كِتَٰبٍ ۖ لَّا يَضِلُّ رَبِّى وَلَا يَنسَىٰ

Coran 20:52 — Tâ-Hâ

Quand j’aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l’arc paraîtra dans la nue ; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. L’arc sera dans la nue ; et je le regarderai, pour me souvenir de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants.

Genèse 9:14-16

Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. À Lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur.

لَا تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ ۚ لَّهُۥ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَمَا فِى ٱلْأَرْضِ

Coran 2:255 — Al-Baqara

« Il se repentit d’avoir fait l’homme »

Voyant la méchanceté des hommes se répandre sur la terre, la Genèse prête à Dieu une phrase stupéfiante : « l’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur »2. Et Dieu de conclure : « je me repens de les avoir faits »3, avant d’envoyer le Déluge tout emporter. Le problème saute aux yeux : regretter, c’est reconnaître qu’on s’est trompé. Un Dieu qui se repent de son œuvre est un Dieu qui ne l’avait pas prévue — donc qui en ignorait l’issue. Le récit enfonce le trait : on Lui prête un cœur affligé, puis, le Déluge passé, on Le montre « sentir une odeur agréable »4 qui L’apaise. Autant d’images d’un Dieu taillé à la mesure de l’homme.

Un arc dans le ciel, pour que Dieu se souvienne

Vient alors l’arc-en-ciel. Dieu le pose comme signe d’une alliance : plus jamais de déluge pour détruire la terre. Mais lisons la raison qu’en donne le texte : « l’arc sera dans la nue ; et je le regarderai, pour me souvenir de l’alliance perpétuelle »5. L’arc n’est pas d’abord un signe pour les hommes : c’est un aide-mémoire pour Dieu Lui-même. Comme s’Il risquait d’oublier sa parole sans ce ruban coloré tendu dans les nuages. La question, de nouveau, donne le vertige : un Dieu qui a besoin qu’on Lui rappelle ses promesses peut-il être Celui qui sait tout ?

Le Dieu du Coran ne se trompe ni n’oublie

Le Coran, lui aussi, raconte le Déluge et Noé (Nûh) ; mais jamais Dieu n’y « regrette » quoi que ce soit : Il avait annoncé d’avance à son prophète qui serait sauvé et qui serait englouti. Car le Dieu du Coran est au-dessus de l’erreur comme de l’oubli. À Moïse qui L’interroge sur le sort des générations passées, la réponse tombe : « Mon Seigneur ne commet ni erreur ni oubli »6. Un tel Dieu n’a pas même besoin de veiller : « ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent »7, et Il embrasse d’un seul regard le passé et l’avenir. Il ne regrette pas, puisqu’Il savait ; Il n’a que faire d’un aide-mémoire, puisque rien ne Lui échappe.

Conclusion

L’arc-en-ciel demeure une belle image. Mais l’écrin où la Genèse le dépose dessine un Dieu qui se repent, s’afflige, se laisse fléchir par une odeur et se noue un fil autour du doigt pour ne pas oublier sa promesse. Le Coran présente un tout autre visage : un Dieu que rien ne surprend et à qui rien n’échappe. Entre le Dieu qui regrette et le Dieu qui sait, la différence n’est pas affaire de style : c’est toute une idée de la perfection divine.

  1. Bible citée selon Louis Segond ; Coran selon la traduction du Complexe du Roi Fahd (Hamidullah). ↩︎
  2. Genèse 6:6 (Louis Segond). Le verset 5 décrit d’abord la corruption des hommes. ↩︎
  3. Genèse 6:7 (Louis Segond). ↩︎
  4. Genèse 8:21 (Louis Segond) : « L’Éternel sentit une odeur agréable, et l’Éternel dit en son cœur : Je ne maudirai plus la terre. » L’apaisement de Dieu suit le sacrifice de Noé. ↩︎
  5. Genèse 9:16 (Louis Segond) ; de même 9:15 : « je me souviendrai de mon alliance. » ↩︎
  6. Coran 20:52 (Hamidullah) : lâ yadillu rabbî wa-lâ yansâ. ↩︎
  7. Coran 2:255 (Hamidullah), le « Trône » (Âyat al-Kursî). Le verset ajoute : « Il connaît leur passé et leur futur. » ↩︎