Un hadith — rapporté dans plusieurs recueils — annonce que l’Arabie, désert depuis des millénaires, redeviendra prairies et rivières. Le verbe « redevenir » suppose qu’elle le fut jadis. Or c’est exactement ce que l’archéologie a découvert.
L’Heure ne viendra pas avant que la terre des Arabes ne redevienne prairies et rivières, qu’un cavalier aille de l’Irak à La Mecque sans rien craindre, sinon de s’égarer, et que les tueries (al-harj) ne se multiplient. — « Qu’est-ce que le harj, ô Messager de Dieu ? » — « Le meurtre. »
لاَ تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى تَعُودَ أَرْضُ الْعَرَبِ مُرُوجًا وَأَنْهَارًا، وَحَتَّى يَسِيرَ الرَّاكِبُ بَيْنَ الْعِرَاقِ وَمَكَّةَ لاَ يَخَافُ إِلاَّ ضَلاَلَ الطَّرِيقِ، وَحَتَّى يَكْثُرَ الْهَرْجُ. قَالُوا: وَمَا الْهَرْجُ يَا رَسُولَ اللَّهِ؟ قَالَ: الْقَتْلُ.
Musnad Ahmad (Abû Hurayra)
Nous l’avons appelée « Green Arabia » parce que, bien des fois dans le passé, l’Arabie a été verte — avec des prairies, des forêts, des rivières et des lacs.
Pr Michael Petraglia, Institut Max-Planck
Au cours de plusieurs périodes du passé, la péninsule arabique a abrité des lacs permanents, des prairies, et même des hippopotames.
Étude parue dans Nature (2021)
L’Heure ne viendra pas avant que les richesses ne se multiplient et débordent, au point qu’un homme cherchera à qui donner l’aumône de ses biens sans trouver personne pour l’accepter ; et avant que la terre des Arabes ne redevienne prairies et rivières.
لاَ تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى يَكْثُرَ الْمَالُ وَيَفِيضَ، حَتَّى يَخْرُجَ الرَّجُلُ بِزَكَاةِ مَالِهِ فَلاَ يَجِدُ أَحَدًا يَقْبَلُهَا مِنْهُ، وَحَتَّى تَعُودَ أَرْضُ الْعَرَبِ مُرُوجًا وَأَنْهَارًا.
Sahih Muslim — Livre de la Zakât
Il pourrait y avoir, en Arabie, des dizaines de milliers d’anciens lacs et de zones humides datant des périodes pluvieuses.
Paul Breeze — King’s College London
À Jubbah, il y avait un vaste lac, épais de roseaux et grouillant de bancs de mollusques.
Ash Parton, archéologue — Université d’Oxford
L’Heure ne viendra pas avant que les tueries (al-harj) ne se multiplient, et avant que la terre des Arabes ne redevienne prairies et rivières.
لاَ تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى يَكْثُرَ الْهَرْجُ، وَحَتَّى تَعُودَ أَرْضُ الْعَرَبِ مُرُوجًا وَأَنْهَارًا.
Sahih Ibn Hibban
Sous les sables, l’imagerie radar par satellite a révélé les lits de vastes réseaux d’anciennes rivières — des « paléodrainages ».
Télédétection radar — revue Water (2020)
L’Arabie a connu des phases humides récurrentes au cours des huit derniers millions d’années.
Étude sur 8 millions d’années (2025)
Un seul mot : « redevenir »
Tout l’argument tient dans le verbe arabe taʿûd (تَعُودُ) : « revenir », « redevenir ». Or on ne redevient que ce que l’on a déjà été. Le hadith — authentique, rapporté par Muslim, Ahmad et Ibn Hibban1 — suppose donc qu’autrefois, l’Arabie fut prairies et rivières.
Conclusion
La question s’impose alors : comment un homme du VIIe siècle, au cœur d’un désert millénaire, pouvait-il savoir que cette terre avait connu un passé verdoyant — au point d’annoncer qu’elle « redeviendra » ce qu’elle fut ? Ni satellite, ni fouille, ni datation : rien, à son époque, ne donnait accès à la « Green Arabia ». Le mot « redevenir », lui, la présupposait déjà.
- Trois narrations distinctes du hadith d’Abû Hurayra, avec des signes variables (richesses débordantes ; voyageur en sécurité d’Irak à La Mecque ; multiplication des tueries), toutes contenant l’annonce du retour de l’Arabie aux prairies et rivières. Les citations scientifiques sont traduites de l’anglais. Honnêteté : certains lisent taʿûd comme un simple « devenir », et le hadith situe l’événement à la fin des temps. L’argument porte sur le passé vert que « redevenir » présuppose — non sur le verdissement agricole actuel. ↩︎