4 juillet 2026 3 min de lecture Islamologia

Marc 16, la femme adultère, le Comma : trois passages ajoutés à la Bible

Ouvrez une Bible courante à trois endroits précis : vous y lirez des versets que les plus anciens manuscrits ne contiennent pas. Et ce n’est pas un polémiste musulman qui l’affirme : ce sont les manuscrits eux-mêmes, les Pères de l’Église, et les plus grands spécialistes chrétiens du texte. Trois passages, trois ajouts :

Marc 16:9-20 — la « finale longue » (apparitions du Ressuscité, serpents saisis à mains nues, poison bu sans dommage). Absente des deux plus anciens manuscrits complets, le Sinaiticus et le Vaticanus (IVe siècle), qui s’arrêtent net au verset 8.

La finale de Marc

Jean 7:53–8:11 — la péricope de la femme adultère. Absente des papyrus P66 et P75 (vers 200), du Sinaiticus et du Vaticanus. La critique, y compris la plupart des spécialistes évangéliques, y voit un ajout tardif.

La femme adultère

1 Jean 5:7 — le Comma johannique, seul verset explicitement trinitaire du Nouveau Testament. Absent de la quasi-totalité des manuscrits grecs ; le plus ancien à le porter date du XIVe siècle. Il n’est entré dans le texte imprimé que par Érasme, en 1522.

Le Comma johannique

Marc 16 : une finale que les anciens ne connaissaient pas

Les deux plus anciens manuscrits complets de la Bible, le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus (IVe siècle), terminent l’Évangile de Marc au verset 8 — sur la peur des femmes au tombeau, sans aucune apparition du Ressuscité1. Et les Pères le savaient déjà. Eusèbe de Césarée écrivait que « les copies exactes » s’arrêtaient là, ce qui suit ne figurant que « dans certaines copies, non dans toutes »2. Jérôme, un siècle plus tard, confirmait que « presque tous les manuscrits grecs » ignoraient cette finale3. Ce sont pourtant ces versets qui donnent à Marc sa conclusion triomphale.

Jean 8 : la femme adultère, ajoutée après coup

La scène est célèbre entre toutes : « Que celui qui est sans péché jette la première pierre. » Or elle ne figure pas dans les plus anciens témoins : ni les papyrus P66 et P75 (vers 200), ni le Sinaiticus, ni le Vaticanus4. Le consensus est large, y compris chez les évangéliques : ce passage n’appartenait pas à l’Évangile de Jean d’origine. Le meilleur défenseur évangélique du texte, Daniel Wallace, l’a lui-même reconnu dans un article au titre éloquent : « Mon passage préféré qui n’est pas dans la Bible. »5.

1 Jean 5:7 : le seul verset « trinitaire » — pourtant surajouté

C’est le cas le plus troublant. Le Comma johannique — « il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont un » — est le seul verset du Nouveau Testament à énoncer explicitement la Trinité. Or il est absent de tous les manuscrits grecs pendant plus de mille ans : le plus ancien à le contenir remonte au XIVe siècle6. Il n’a pénétré le texte imprimé qu’à cause d’Érasme, qui l’ajouta à contrecœur en 1522, sous la pression de ceux qui l’accusaient de favoriser l’arianisme7. Le seul appui scripturaire direct de la Trinité est un ajout.

Ce que cela signifie

Soyons justes : les Bibles modernes signalent aujourd’hui ces passages entre crochets ou en note — aveu honnête ; et des savants comme Wallace maintiennent que le texte original reste globalement reconstituable. Mais le fait, lui, est indiscutable : ces trois passages, lus pendant des siècles comme parole de Dieu, ont été ajoutés par des mains humaines. C’est, mot pour mot, ce que le Coran dit des Écritures antérieures : « Malheur à ceux qui de leurs propres mains composent un livre puis disent : Ceci vient d’Allah »8. Un texte qui grandit au fil des copies est un texte que des hommes ont retouché — exactement ce que la critique textuelle, chrétienne la première, met aujourd’hui en lumière.

  1. Sinaiticus (א) et Vaticanus (B), les deux plus anciens Nouveaux Testaments grecs quasi complets, omettent Marc 16:9-20. Le Vaticanus laisse même une colonne blanche après 16:8, signe que le copiste connaissait une suite mais ne la tenait pas pour sûre. ↩︎
  2. Eusèbe de Césarée, Questions à Marinus (Ad Marinum), début du IVe siècle. ↩︎
  3. Jérôme, Lettre 120 à Hédibia, question 3. C’est dans ces versets contestés (16:18) que se trouvent les paroles sur les serpents et le poison, invoquées par certaines Églises pentecôtistes. ↩︎
  4. La péricope « flotte » dans la tradition manuscrite : certains copistes la placent ailleurs dans Jean, voire après Luc 21 — signe d’un morceau rapporté, cherchant sa place. ↩︎
  5. Daniel B. Wallace, « My Favorite Passage That’s Not in the Bible » (bible.org, 2008). Wallace tient la péricope pour non originale, tout en admirant son contenu. ↩︎
  6. Le Comma ne se trouve que dans une poignée de manuscrits grecs tardifs (le plus ancien, le minuscule 629, XIVe-XVe s.). Bruce M. Metzger, dans son Textual Commentary on the Greek New Testament, le juge non authentique. ↩︎
  7. Érasme l’avait exclu de ses deux premières éditions, faute de le trouver dans le moindre manuscrit grec ; il céda en 1522. Le seul « verset trinitaire » explicite de la Bible est donc, à l’origine, une glose latine. ↩︎
  8. Coran 2:79 (traduction du Complexe du Roi Fahd). ↩︎