21 juin 2026 4 min de lecture Islamologia

Le rêve de Joseph, la Bible et le Coran : 2 réactions différentes de Jacob

Joseph (Yûsuf) raconte à son père un songe1 : le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent devant lui. Le rêve est presque identique dans la Bible et dans le Coran. La réaction de son père Jacob, elle, est à l’exact opposé — comme le révèlent les deux passages complets ci-dessous.

BibleCoran

Il eut encore un autre songe, et il le raconta à ses frères. Il dit : J’ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Il le raconta à son père et à ses frères. Son père le réprimanda, et lui dit : Que signifie ce songe que tu as eu ? Faut-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner en terre devant toi ? Ses frères eurent de l’envie contre lui, mais son père garda le souvenir de ces choses.

Genèse 37:9-11

Quand Joseph dit à son père : « Ô mon père, j’ai vu en songe onze étoiles, et aussi le soleil et la lune ; je les ai vus prosternés devant moi. » « Ô mon fils, dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient un complot contre toi ; le Diable est certainement pour l’homme un ennemi déclaré. Ainsi ton Seigneur te choisira et t’enseignera l’interprétation des rêves, et Il parfera Son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob, tout comme Il l’a parfait auparavant sur tes deux ancêtres, Abraham et Isaac, car ton Seigneur est Omniscient et Sage. »

Coran 12:4-6 — Yûsuf

La Bible : un père qui se vexe

Dans la Genèse, Jacob accueille le songe de son fils par une réprimande : « Son père le réprimanda, et lui dit : Que signifie ce songe que tu as eu ? »2. Le ton est celui du reproche, presque du dépit : l’idée de se prosterner un jour devant son propre fils le hérisse. Et la suite est sombre : « Ses frères eurent de l’envie contre lui »3 — cette jalousie qui, quelques versets plus loin, les poussera à jeter Joseph au fond d’une citerne. Le père, lui, « garda le souvenir de ces choses », sans un mot pour apaiser ni protéger.

Et il faut bien le rappeler : Jacob (Yaʿqûb) n’est pas un père ordinaire. C’est un prophète, fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham. Qu’un prophète de Dieu accueille le songe inspiré de son propre fils par le dépit — la même jalousie, ou presque, qui rongera bientôt ses autres fils — a de quoi sérieusement étonner.

Le Coran : un père qui protège

Dans le Coran, Jacob — lui-même prophète — réagit à l’inverse. Pas un mot de reproche : il discerne aussitôt un signe de Dieu et met son fils en garde contre la jalousie de ses frères : « ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient un complot contre toi »4. Loin d’être vexé, il se réjouit de la faveur annoncée : « Ainsi ton Seigneur te choisira et t’enseignera l’interprétation des rêves, et Il parfera Son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob »5. Là où la Bible montre un père piqué au vif, le Coran montre un père lucide et aimant.

Conclusion

Le contraste est total — et il n’est pas anodin. La Bible réduit Jacob, le patriarche, à un père qui s’offusque du rêve de son enfant et laisse la jalousie gangrener sa maison ; pire, c’est sa propre préférence affichée pour Joseph qui, dans le récit biblique, attise la haine des frères. Le Coran, lui, fait de Jacob un prophète qui lit la main de Dieu et protège son fils dès le premier instant. Une question demeure : lequel de ces deux portraits sied à un prophète de Dieu — car c’est bien ainsi que la Bible comme le Coran présentent Jacob ?

  1. Bible citée selon Louis Segond ; Coran selon la traduction du Complexe du Roi Fahd (Hamidullah). ↩︎
  2. Genèse 37:10 (Louis Segond). ↩︎
  3. Genèse 37:11 (Louis Segond). ↩︎
  4. Coran 12:5 (Complexe du Roi Fahd). ↩︎
  5. Coran 12:6 (Complexe du Roi Fahd). ↩︎