21 juin 2026 3 min de lecture Islamologia

« Une adhérence » : ce que le Coran décrivait de l’embryon avant la science

Pour décrire la formation de l’être humain, le Coran emploie des termes d’une précision déroutante pour le VIIe siècle1. Deux méritent qu’on s’y arrête : la « goutte mélangée » et « l’adhérence ».

« Nutfa amshaj » : une goutte mélangée

Le Coran affirme que l’homme ne naît pas d’un fluide unique, mais d’un mélange : « Nous avons créé l’homme d’une goutte de sperme mélangé »2 — en arabe nutfa amshaj, littéralement une « goutte de mélanges ». L’idée que le nouvel être procède de l’union de deux apports, masculin et féminin, y est clairement posée. Or la science antique dominante l’ignorait : pour Aristote, dont la vision s’imposa longtemps, la femme ne fournissait qu’une matière passive — le sang menstruel —, façonnée par la seule semence de l’homme.

« Al-ʿalaqa » : ce qui s’accroche

Vient ensuite l’étape la plus frappante : « Nous avons fait du sperme une adhérence ; et de l’adhérence Nous avons créé un embryon »3. Le mot arabe ʿalaqa désigne ce qui s’accroche, se suspend — et aussi la sangsue. C’est précisément ce que fait l’embryon de quelques jours : il s’accroche à la paroi de l’utérus (la nidation), et sa forme, à ce stade, évoque celle d’une sangsue. Une image que rien, dans la médecine du VIIe siècle, ne permettait d’anticiper.

Des étapes, non un humain en miniature

Surtout, le Coran décrit une succession de transformations : la goutte devient adhérence, puis « bouchée mâchée » (l’embryon), puis des os, que l’on revêt de chair, jusqu’à « une tout autre création »4. L’être humain n’est pas donné tout fait : il est façonné par étapes.

Or c’est exactement ce que l’Europe savante ignorera encore, mille ans plus tard. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la théorie dominante était la préformation : on croyait qu’un être humain déjà entièrement formé, un minuscule « homoncule », était logé dans le spermatozoïde (ou l’ovule) et ne faisait ensuite que grandir5. En 1694, Hartsoeker dessinait encore ce petit homme recroquevillé dans une tête de spermatozoïde. Le modèle par étapes du Coran, lui, était juste.

Conclusion

Aucune de ces notions — le mélange des fluides, l’accrochage à l’utérus, la formation par étapes — n’allait de soi au VIIe siècle. La médecine grecque, il est vrai, décrivait déjà un développement en plusieurs phases6, mais sans l’image de l’adhérence ni celle de la goutte mélangée. Et tandis que l’Europe, un millénaire plus tard, s’égarait encore dans l’homoncule préformé, le Coran, lui, décrivait déjà une création façonnée, étape après étape.

  1. Coran cité selon la traduction du Complexe du Roi Fahd (Hamidullah). ↩︎
  2. Coran 76:2, sourate Al-Insân (Complexe du Roi Fahd). L’arabe nutfa amshaj signifie littéralement une « goutte faite de mélanges », comprise comme l’union des apports masculin et féminin. ↩︎
  3. Coran 23:14, sourate Al-Mu’minûn (Complexe du Roi Fahd). ↩︎
  4. Coran 23:14, suite du verset : « de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l’avons transformé en une tout autre création. » ↩︎
  5. Préformationnisme, théorie dominante aux XVIIe-XVIIIe s. : l’être serait préformé dans l’ovule (ovisme) ou dans le spermatozoïde (spermisme — l’« homoncule » dessiné par Hartsoeker en 1694). Elle ne fut abandonnée qu’au début du XIXe s. Sources : Embryo Project Encyclopedia ; Stanford Encyclopedia of Philosophy. ↩︎
  6. Le médecin Galien (IIe s.) décrivait déjà un développement embryonnaire par étapes, et le Coran a des points communs avec ce cadre antique. Mais ce modèle restait lié à la théorie des humeurs, sans l’idée d’adhérence/nidation ni celle de la « goutte mélangée ». ↩︎