3 juin 2026 4 min de lecture Islamologia

« Un grand prophète a paru parmi nous » : pour ses contemporains, Jésus était un prophète, non Dieu

La doctrine de l’Église fait de Jésus Dieu lui-même, venu s’incarner. Pourtant, de l’aveu même du patriarche copte Chenouda III, Jésus n’a jamais prononcé la parole « Je suis Dieu, adorez-moi »1. Dès lors, une question s’impose : que disaient de lui ceux qui l’ont vu, entendu et côtoyé ? Le Nouveau Testament donne une réponse d’une remarquable constance — la voici, rassemblée2.

BibleCoran

Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

Luc 7:16

Lorsqu’il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et l’on disait : Qui est celui-ci ? La foule répondait : C’est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée.

Matthieu 21:10-11

Ces gens, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde.

Jean 6:14

Des gens de la foule, ayant entendu ces paroles, disaient : Celui-ci est vraiment le prophète.

Jean 7:40

Ils dirent encore à l’aveugle : Toi, que dis-tu de lui, sur ce qu’il t’a ouvert les yeux ? Il répondit : C’est un prophète.

Jean 9:17

Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

Jean 4:19-20

Quoi ? leur dit-il. Et ils lui répondirent : Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple.

Luc 24:19

Et il était pour eux une occasion de chute. Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison.

Matthieu 13:57

Mais il faut que je marche aujourd’hui, demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem.

Luc 13:33

Le verdict est unanime, et il traverse tous les milieux. Les foules le proclament prophète au plus fort de ses miracles — la résurrection du fils de la veuve de Naïn, la multiplication des pains, l’entrée triomphale à Jérusalem. Ceux qui l’ont approché de tout près disent de même : l’aveugle-né qu’il vient de guérir, la Samaritaine à qui il a parlé seul à seul, et jusqu’à ses disciples sur le chemin d’Emmaüs, qui résument toute sa vie en un prophète puissant en œuvres et en paroles, mais placé devant Dieu — et non identifié à Lui. Et si l’on récusait tous ces témoins, resterait Jésus lui-même, qui à deux reprises se range dans la catégorie des prophètes. Pas une seule fois, dans aucun de ces témoignages, il n’est appelé Dieu.

« Seigneur » ne veut pas dire « Dieu »

Un détail mérite qu’on s’y arrête, car les apologètes s’en servent souvent. Au puits, la Samaritaine appelle Jésus « Seigneur » avant de reconnaître en lui un prophète. Mais ce « Seigneur » ne prouve rien : le mot grec kyrios est une simple marque de respect — « Maître », « Monsieur » — qu’on adresse à n’importe quel supérieur. Marie de Magdala l’emploie pour celui qu’elle prend pour le jardinier3. La preuve que la femme n’y met aucune idée de divinité, c’est qu’elle précise aussitôt sa pensée : ce qu’elle reconnaît en lui, ce n’est pas Dieu, c’est un prophète.

Conclusion : à qui se fier ?

Le constat est massif et convergent. Tous ceux qui ont vu Jésus de leurs yeux, entendu ses paroles et touché ses miracles — les foules, l’aveugle guéri, la Samaritaine, les disciples d’Emmaüs — et Jésus lui-même, l’ont tenu pour un prophète. Pas une seule fois, dans ces témoignages, il n’est proclamé Dieu.

Or, des siècles plus tard, l’Église affirme l’inverse : Jésus serait Dieu, et ses contemporains n’auraient rien compris à sa véritable nature. Étrange renversement, où des hommes séparés de Jésus par des centaines d’années prétendraient avoir percé sa divinité, là où ceux qui vivaient à ses côtés, l’ont suivi et aimé, ne l’auraient pas même soupçonnée. La question, au fond, est simple : faut-il croire ceux qui ont connu Jésus, ou une doctrine élaborée bien après eux ?

  1. Chenouda III, Sanawât maʿa asʾilat an-nâs (« Des années avec les questions des gens ») ; il y observe que Jésus n’a jamais déclaré sa propre divinité. [Référence précise — tome et page — à confirmer avant publication.] ↩︎
  2. Toutes les citations bibliques suivent la traduction Louis Segond. ↩︎
  3. Jean 20:15, où Marie, s’adressant à un homme qu’elle croit être le jardinier, lui dit « Seigneur » (kyrie). ↩︎