29 mai 2026 4 min de lecture Islamologia

Jacob : voleur de bénédiction dans la Bible, prophète élu dans le Coran

BibleCoran

Jacob répondit à son père : « Je suis Ésaü, ton fils aîné ; j’ai fait ce que tu m’as dit ».

Genèse 27:19

« Et Nous lui fîmes don d’Isaac et, comme surcroît, de Jacob ; et de chacun Nous fîmes un homme de bien ».

Coran 21:72

Isaac dit : « C’est toi qui es mon fils Ésaü ? » Et Jacob répondit : « C’est moi ».

Genèse 27:24

« Et rappelle-toi Nos serviteurs Ibrahim, Ishaq et Ya’qub, doués de force et de clairvoyance »… « Ce sont eux que Nous avons purifiés par une qualité pure : le rappel de l’au-delà ».

Coran 38:45-47

Isaac dit : « Ton frère est venu avec ruse, et il a enlevé ta bénédiction ». Ésaü dit : « Est-ce parce qu’on l’a appelé du nom de Jacob qu’il m’a supplanté deux fois ? »

Genèse 27:35-36

« …Nous lui fîmes don d’Isaac et de Jacob, et de chacun Nous fîmes un prophète. Et Nous leur donnâmes de Notre miséricorde, et Nous leur accordâmes un langage sublime de vérité ».

Coran 19:49-50

Au chapitre 27 de la Genèse, la Bible raconte un épisode troublant : Jacob, sur le conseil de sa mère Rebecca, trompe son père Isaac, vieux et aveugle, pour usurper la bénédiction réservée à son frère aîné Ésaü. Il se déguise avec une peau de chevreau, ment à trois reprises, et obtient par fraude l’alliance et la prophétie. La Bible présente le récit sans le condamner explicitement ; pis, elle en fait le fondement même de la lignée d’Israël. Le Coran, lui, ignore totalement cet épisode : Jacob (Ya’qub) y est exclusivement présenté comme un prophète vertueux, choisi et purifié par Dieu.

Ce que dit la Bible : Jacob, le supplanteur

Le récit biblique est explicite. Rebecca prépare elle-même un plat de chevreau « à la manière qu’aimait son père », habille Jacob des vêtements d’Ésaü, et lui couvre les bras et le cou de peaux de chevreau pour imiter la pilosité de son frère. Jacob entre chez son père et ment : « Je suis Ésaü, ton fils aîné »1.

Isaac, méfiant, le palpe et l’interroge une seconde fois. Jacob ment de nouveau : « C’est moi »2. Trompé par les peaux, le vieux patriarche cède : il bénit Jacob, lui transmet l’alliance d’Abraham, et fait de lui le seigneur de ses frères. Lorsque Ésaü revient et découvre la supercherie, son cri est terrible : « Est-ce parce qu’on l’a appelé du nom de Jacob qu’il m’a supplanté deux fois ? Il a enlevé mon droit d’aînesse, et voici maintenant qu’il vient d’enlever ma bénédiction »3.

La racine hébraïque du nom « Jacob » (Ya’aqov) signifie précisément « celui qui supplante » ou « qui trompe ». La Bible elle-même reconnaît ainsi, par le nom, la nature de l’acte : un vol par ruse. Mais elle ne le condamne pas : au contraire, la bénédiction reste valide, l’alliance se transmet, et Jacob devient Israël. C’est sur cette fraude originelle que toute la lignée du peuple élu se trouve fondée.

Ce que dit le Coran : Jacob, le prophète élu

Dans le Coran, aucune trace de l’épisode de la bénédiction volée. Jacob (Ya’qub) n’apparaît jamais comme un trompeur, ni comme un homme rusé : il est uniquement et exclusivement un prophète, donné par Dieu à Abraham et Isaac comme un « surcroît » de descendance bénie : « Et Nous lui fîmes don d’Isaac et, comme surcroît, de Jacob ; et de chacun Nous fîmes un homme de bien »4.

Le Coran le range parmi les « serviteurs purifiés » de Dieu, doués de force et de clairvoyance : « Et rappelle-toi Nos serviteurs Ibrahim, Ishaq et Ya’qub, doués de force et de clairvoyance. Nous avons fait d’eux l’objet d’une distinction particulière : le rappel de l’au-delà. Ils sont auprès de Nous, certes, parmi les meilleurs élus »5.

Et il lui est attribué un « langage sublime de vérité » — l’exact opposé du mensonge biblique : « Nous lui fîmes don d’Isaac et de Jacob, et de chacun Nous fîmes un prophète. Et Nous leur donnâmes de Notre miséricorde, et Nous leur accordâmes un langage sublime de vérité »6.

Une omission éloquente

Le silence du Coran sur le mensonge de Jacob n’est pas une lacune : c’est une correction. Là où la Bible fait reposer toute l’élection d’Israël sur un acte de tromperie envers un père aveugle, le Coran réaffirme la sainteté d’un prophète à qui Dieu accorde la véracité jusque dans son langage. Le contraste, ici comme ailleurs, n’est pas accidentel : il dessine une théologie de la prophétie où les messagers ne sauraient être les auteurs de fraudes envers leurs propres parents.

  1. Genu00e8se 27:19 (Louis Segond). ↩︎
  2. Genu00e8se 27:24 (Louis Segond). ↩︎
  3. Genu00e8se 27:35-36 (Louis Segond). ↩︎
  4. Coran 21:72, traduction du Complexe du Roi Fahd. ↩︎
  5. Coran 38:45-47, ibid. ↩︎
  6. Coran 19:49-50, ibid. ↩︎