Ce n’est pas un prédicateur qui parle, ni un ennemi de la science : c’est un biochimiste. Dans un livre qui a fait date, Michael Denton met en garde contre une certitude devenue dogme — l’idée que la vie, dans toute sa perfection, serait le simple produit du pur hasard.
Michael Denton, un biochimiste face à Darwin
Michael Denton (né en 1943) n’est ni théologien ni militant religieux. Britannico-australien, il est docteur en biochimie (King’s College de Londres) et médecin, spécialiste de la génétique et de la biologie moléculaire1. En 1985, il publie Evolution: A Theory in Crisis — en français Évolution : une théorie en crise —, un ouvrage qui bouscule le milieu en soutenant, faits et chiffres à l’appui, que la sélection naturelle ne suffit pas à expliquer la complexité du vivant. Détail qui compte : Denton n’est pas « créationniste » au sens courant ; il ne conteste ni l’âge de la Terre ni la longue histoire de la vie. C’est en scientifique qu’il juge l’explication darwinienne insuffisante — d’où le poids singulier de son constat.
Voici son constat, tel qu’il l’écrit — et l’image dont il l’habille :
Il serait illusoire de penser que ce que nous connaissons aujourd’hui représente autre chose qu’une faible fraction de l’étendue du projet biologique. Dans pratiquement tous les domaines de la recherche fondamentale en biologie, on découvre des niveaux d’organisation et de complexité plus élevés à un rythme toujours plus accru. Ainsi la crédibilité de la sélection naturelle est affaiblie, non seulement par la perfection que nous avons déjà entrevue, mais aussi par la perspective de découvrir des degrés d’ingéniosité et de complexité encore jamais rêvés. Devant ceux qui persistent à affirmer de manière dogmatique que cette nouvelle réalité est entièrement le résultat du pur hasard, on ne peut que réagir comme Alice, incrédule devant la logique contradictoire de la Reine rouge :
Alice se mit à rire : « Inutile d’essayer, répondit-elle ; on ne saurait absolument pas croire à l’impossible. » « Je prétends que vous ne vous y êtes pas suffisamment exercée, dit la Reine. Lorsque j’avais votre âge, je m’y appliquais régulièrement une demi-heure par jour. Eh bien, il m’est arrivé, avant d’avoir pris le petit déjeuner, de croire jusqu’à six choses impossibles. »
Michael Denton — Évolution : une théorie en crise, p. 353 (citant Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir)
Six choses impossibles avant le petit déjeuner
L’ironie est cinglante. Plus la biologie progresse, plus elle dévoile des « niveaux d’organisation et de complexité » vertigineux ; et plus l’idée que tout cela se serait assemblé par pur hasard exige, précisément, de faire comme la Reine rouge : « croire à l’impossible ». Ce que Denton met en cause, ce n’est pas la science : c’est le dogmatisme qui érige le hasard en explication ultime, là où l’honnêteté commanderait de s’étonner. Car ce que la recherche dévoile, jour après jour, ce ne sont pas des mécanismes de plus en plus simples et fortuits, mais des « degrés d’ingéniosité » toujours plus vertigineux — l’exact contraire de ce que le hasard seul laisserait attendre.
Conclusion
Denton ne prétend pas prouver Dieu au bout d’un microscope. Il dit quelque chose de plus mesuré, et de plus honnête : qu’une théorie n’est pas une vérité, que l’inconnu, en biologie, dépasse de très loin le connu, et que clore le dossier au nom du seul hasard relève, aussi, d’un acte de foi — la foi de la Reine rouge. Entre croire six choses impossibles avant le petit déjeuner et lever les yeux vers un dessein, chacun tranchera. Mais qu’on ne dise pas que la seconde option serait la moins rationnelle.
- Michael Denton, biochimiste et généticien, Senior Fellow au Discovery Institute (Center for Science and Culture). Il est notamment l’auteur de Evolution: A Theory in Crisis (1985) puis de Nature’s Destiny (1998) et Evolution: Still a Theory in Crisis (2016). ↩︎