28 juin 2026 2 min de lecture Islamologia

Le chaperon victorien et la « khalwa » : ne jamais laisser un homme et une femme seuls

Dans l’Angleterre du XIXe siècle, une jeune fille et son prétendant ne se trouvaient jamais seuls1. Une tierce personne — le chaperon — était toujours là. Cette coutume, qu’on juge surannée, est pourtant, mot pour mot, une règle de l’islam.

Angleterre, XIXᵉIslam

Un homme et une jeune fille non mariés ne pouvaient rester seuls : un chaperon — mère, tante, sœur aînée — accompagnait chaque rencontre.

Cour victorienne, XIXe s.

Aucun homme ne s’isole avec une femme [non mahram] sans que le diable soit leur troisième.

لَا يَخْلُوَنَّ رَجُلٌ بِامْرَأَةٍ إِلَّا كَانَ ثَالِثَهُمَا الشَّيْطَانُ

Hadith — at-Tirmidhî

Le but : préserver la vertu et la réputation de la femme, écarter toute tentation.

L’étiquette victorienne

Le but : fermer la porte à la tentation et protéger la chasteté.

Principe du fiqh

Le chaperon : jamais en tête-à-tête

La règle victorienne était stricte. Le prétendant ne pouvait rendre visite à la demoiselle qu’en présence d’un proche ; il ne pouvait pas même se promener seul avec elle. Une tierce personne — la mère, une tante, une sœur aînée, une amie de confiance — assistait à chaque entrevue. La réputation d’une jeune fille était son bien le plus précieux : le moindre soupçon d’« intimité imprudente » pouvait ruiner ses chances de mariage2.

Exactement l’interdiction de la khalwa

Cette exigence est, à la lettre, celle de l’islam. Le Prophète ﷺ a interdit la khalwa — l’isolement d’un homme et d’une femme qui ne sont pas proches parents (mahram) : « Aucun homme ne s’isole avec une femme sans que le diable soit leur troisième »3. Le chaperon victorien n’est rien d’autre que ce tiers qui empêche le face-à-face — précisément ce qu’ordonne le fiqh.

Une même morale, déjà biblique

Et ce souci n’a rien de neuf : il plonge ses racines dans la morale chrétienne. La Bible enjoint de « Fuyez l’impudicité »4 et de s’« abstenir de toute espèce de mal »5. Le chaperon était la traduction concrète de ce principe : ne pas s’exposer à l’occasion de la faute. La sagesse populaire le résume : l’occasion fait le larron.

Conclusion

Ce que l’on raille aujourd’hui comme une pruderie d’un autre âge — ne jamais laisser un homme et une femme en tête-à-tête — était, hier encore, la prudence de l’Europe chrétienne. Et c’est, mot pour mot, la règle de l’islam : là où un homme et une femme sont seuls, « le diable est le troisième ». Deux mondes, une même sagesse.

  1. Bible citée selon Louis Segond. ↩︎
  2. Sur le chaperonnage victorien — visites uniquement en présence d’un proche, jamais de tête-à-tête, dans le but de préserver la vertu et la réputation —, voir les manuels d’étiquette de l’époque (ainsi Debretts). ↩︎
  3. Rapporté par at-Tirmidhî (n° 2165) et Ahmad ; authentifié (sahih). De là découle la règle : un homme et une femme non-mahram ne demeurent jamais seuls ; la présence d’un tiers, ou d’un mahram, est requise. ↩︎
  4. 1 Corinthiens 6:18 (Louis Segond). ↩︎
  5. 1 Thessaloniciens 5:22 (Louis Segond). ↩︎