Dans l’Angleterre du XIXe siècle, une jeune fille et son prétendant ne se trouvaient jamais seuls1. Une tierce personne — le chaperon — était toujours là. Cette coutume, qu’on juge surannée, est pourtant, mot pour mot, une règle de l’islam.
Un homme et une jeune fille non mariés ne pouvaient rester seuls : un chaperon — mère, tante, sœur aînée — accompagnait chaque rencontre.
Cour victorienne, XIXe s.
Aucun homme ne s’isole avec une femme [non mahram] sans que le diable soit leur troisième.
لَا يَخْلُوَنَّ رَجُلٌ بِامْرَأَةٍ إِلَّا كَانَ ثَالِثَهُمَا الشَّيْطَانُ
Hadith — at-Tirmidhî
Le but : préserver la vertu et la réputation de la femme, écarter toute tentation.
L’étiquette victorienne
Le but : fermer la porte à la tentation et protéger la chasteté.
Principe du fiqh
Le chaperon : jamais en tête-à-tête
La règle victorienne était stricte. Le prétendant ne pouvait rendre visite à la demoiselle qu’en présence d’un proche ; il ne pouvait pas même se promener seul avec elle. Une tierce personne — la mère, une tante, une sœur aînée, une amie de confiance — assistait à chaque entrevue. La réputation d’une jeune fille était son bien le plus précieux : le moindre soupçon d’« intimité imprudente » pouvait ruiner ses chances de mariage2.
Exactement l’interdiction de la khalwa
Cette exigence est, à la lettre, celle de l’islam. Le Prophète ﷺ a interdit la khalwa — l’isolement d’un homme et d’une femme qui ne sont pas proches parents (mahram) : « Aucun homme ne s’isole avec une femme sans que le diable soit leur troisième »3. Le chaperon victorien n’est rien d’autre que ce tiers qui empêche le face-à-face — précisément ce qu’ordonne le fiqh.
Une même morale, déjà biblique
Et ce souci n’a rien de neuf : il plonge ses racines dans la morale chrétienne. La Bible enjoint de « Fuyez l’impudicité »4 et de s’« abstenir de toute espèce de mal »5. Le chaperon était la traduction concrète de ce principe : ne pas s’exposer à l’occasion de la faute. La sagesse populaire le résume : l’occasion fait le larron.
Conclusion
Ce que l’on raille aujourd’hui comme une pruderie d’un autre âge — ne jamais laisser un homme et une femme en tête-à-tête — était, hier encore, la prudence de l’Europe chrétienne. Et c’est, mot pour mot, la règle de l’islam : là où un homme et une femme sont seuls, « le diable est le troisième ». Deux mondes, une même sagesse.
- Bible citée selon Louis Segond. ↩︎
- Sur le chaperonnage victorien — visites uniquement en présence d’un proche, jamais de tête-à-tête, dans le but de préserver la vertu et la réputation —, voir les manuels d’étiquette de l’époque (ainsi Debretts). ↩︎
- Rapporté par at-Tirmidhî (n° 2165) et Ahmad ; authentifié (sahih). De là découle la règle : un homme et une femme non-mahram ne demeurent jamais seuls ; la présence d’un tiers, ou d’un mahram, est requise. ↩︎
- 1 Corinthiens 6:18 (Louis Segond). ↩︎
- 1 Thessaloniciens 5:22 (Louis Segond). ↩︎