Le christianisme se résume souvent en trois mots : « Dieu est amour »1. Pourtant, sur la question la plus décisive — comment Dieu pardonne-t-il le péché ? —, la Bible et le Coran dessinent deux visages opposés de la miséricorde.
Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie.
Genèse 3:17
Ô notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes. Et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants.
رَبَّنَا ظَلَمْنَآ أَنفُسَنَا وَإِن لَّمْ تَغْفِرْ لَنَا وَتَرْحَمْنَا لَنَكُونَنَّ مِنَ ٱلْخَٰسِرِينَ
Coran 7:23 — Al-Aʿrâf
Et presque tout, d’après la loi, est purifié avec du sang, et sans effusion de sang il n’y a pas de pardon.
Hébreux 9:22
Puis Adam reçut de son Seigneur des paroles, et Allah agréa son repentir car c’est Lui certes, le Repentant, le Miséricordieux.
Coran 2:37 — Al-Baqara
Comme par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs.
Romains 5:19
Personne ne portera le fardeau (la responsabilité) d’autrui.
Coran 6:164 — Al-Anʿâm
La Bible : pas de pardon sans le sang
Suivie jusqu’au bout, la logique est rude. La faute d’Adam fait peser sur l’humanité entière une condamnation : « par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes »2, et « par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs »3. Surtout, Dieu ne pourrait l’effacer sans qu’un sang soit versé : « sans effusion de sang il n’y a pas de pardon »4. Pour pardonner, il aura fallu le supplice d’un innocent, Jésus. Les chrétiens y voient le comble de l’amour — Dieu donnant son propre Fils. Reste la question qui dérange : fallait-il vraiment du sang pour que Dieu consente à pardonner ?
Le Coran : Dieu enseigne à Adam les mots du pardon
Le Coran raconte la même chute — mais l’issue est inverse. Adam se repent : « Ô notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes »5. Et Dieu, loin d’exiger un sang, lui tend Lui-même les mots du repentir : « Adam reçut de son Seigneur des paroles, et Allah agréa son repentir »6. Bien plus, Il le relève : « Son Seigneur l’a ensuite élu, agréé son repentir et l’a guidé »7. Nul péché transmis en héritage, nul innocent immolé : « personne ne portera le fardeau d’autrui »8. C’est Dieu qui fait le premier pas vers le pécheur.
Conclusion
La question retourne alors le slogan. Où est le plus grand amour, la plus grande miséricorde ? Dans un Dieu qui, pour pardonner, doit d’abord faire mourir un innocent ? Ou dans un Dieu qui enseigne Lui-même au pécheur les mots de son pardon, puis le relève et le guide ? Le Dieu du Coran n’a besoin d’aucun sang pour faire grâce : Il est, par excellence, « le Repentant, le Miséricordieux ».
- Bible citée selon Louis Segond ; Coran selon la traduction du Complexe du Roi Fahd (Hamidullah). ↩︎
- Romains 5:18 (Louis Segond). ↩︎
- Romains 5:19 (Louis Segond). ↩︎
- Hébreux 9:22 (Louis Segond). ↩︎
- Coran 7:23 (Complexe du Roi Fahd). ↩︎
- Coran 2:37 (Complexe du Roi Fahd). ↩︎
- Coran 20:122 (Complexe du Roi Fahd). ↩︎
- Coran 6:164 (Complexe du Roi Fahd). ↩︎