Aaron « reçut [l’or] de leurs mains, le mit en moule, et fit un veau en fonte ».
Exode 32:4
Allah dit à Moïse : « C’est As-Samiri qui les a égarés ».
Coran 20:85
Aaron expliqua à Moïse : « je l’ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau ».
Exode 32:24
Aaron leur avait dit : « Ô mon peuple, vous êtes tentés par lui ; suivez-moi et obéissez à mon commandement ».
Coran 20:90
Le récit du veau d’or est l’un des épisodes les plus dramatiques de la sortie d’Égypte. Pendant que Moïse reçoit la Loi sur le Sinaï, le peuple d’Israël se détourne et adore une idole d’or. La question est : qui en est responsable ? Aaron, le frère de Moïse, prêtre et prophète, ou un autre ? La Bible et le Coran y répondent de manière diamétralement opposée.
Ce que dit la Bible : Aaron, fabricant du veau
Selon le livre de l’Exode, Aaron est l’artisan direct du veau d’or. Il demande au peuple ses anneaux d’or1, les fond, et façonne le veau : « Il les reçut de leurs mains, les mit en moule, et fit un veau en fonte »2. Pire, Aaron construit un autel devant le veau et proclame une fête.
Lorsque Moïse descend de la montagne et lui demande des comptes, Aaron donne une explication grotesque : « Je leur ai dit : Que ceux qui ont de l’or, s’en dépouillent ! Et ils me l’ont donné ; je l’ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau »3. Aaron prétend que le veau est sorti tout seul du feu — réponse absurde qui détonne radicalement avec la dignité d’un prophète.
Ce que dit le Coran : Aaron innocenté
Le Coran donne une tout autre version. Le coupable n’est pas Aaron, mais un certain As-Samiri (le Samaritain). Allah dit explicitement à Moïse : « C’est As-Samiri qui les a égarés »4.
Aaron, quant à lui, a tout fait pour empêcher l’idolâtrie : « Aaron leur avait bien dit auparavant : Ô mon peuple, vous êtes tentés par lui [le veau]. Or, c’est le Tout Miséricordieux qui est votre Seigneur. Suivez-moi donc et obéissez à mon commandement »5.
Lorsque Moïse revient en colère et le prend par la barbe, Aaron répond avec gravité : « Ô fils de ma mère, ne me prends pas par la barbe ni par les cheveux. J’ai craint que tu ne dises : Tu as divisé les fils d’Israël et tu n’as pas observé ma parole »6. Sa retenue n’était pas faiblesse, mais un calcul prophétique pour préserver l’unité du peuple.
Deux portraits inconciliables
La Bible fait d’Aaron le fabricant de l’idole et un menteur balbutiant face à son frère. Le Coran le décharge entièrement, l’éloigne du crime, et le présente comme une figure de retenue, de fidélité et de stratégie prophétique.
Tout l’écart se joue ici : entre une prophétie souillée et une prophétie préservée. Le Coran refuse de salir l’image des messagers de Dieu.