27 août 2026 3 min de lecture Islamologia

Comment Jésus est devenu Dieu : rétrospective sur les cinq siècles qui l’ont divinisé

Le Jésus des textes les plus anciens est un Messie humain, soumis à Dieu. Il faudra près de cinq siècles — et beaucoup de philosophie grecque — pour en faire un Dieu coégal au Père. Or aucun des mots du dogme n’est dans sa bouche.

BibleCoran

…car le Père est plus grand que moi.

Jean 14:28

Vrai Dieu né du vrai Dieu… consubstantiel au Père.

Concile de Nicée, 325

…qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

Jean 17:3

Une seule essence (ousia), trois hypostases, également Dieu et coéternelles.

Pères cappadociens, v. 380

Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul.

Marc 10:18

Vrai Dieu et vrai homme, en deux natures, sans confusion.

Concile de Chalcédoine, 451

Ier siècle : un Messie humain et subordonné

Pour Paul, le plus ancien auteur chrétien, il n’y a « qu’un seul Dieu, le Père… et un seul Seigneur, Jésus-Christ » (1 Co 8,6) : le Fils est distinct du seul vrai Dieu, et lui reste soumis.1 Les évangiles suivent : Jésus prie le Père, s’incline devant sa volonté, refuse même d’être dit « bon ». Jusque dans Jean, le plus tardif (fin du siècle), il déclare « le Père est plus grand que moi » et parle de « mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). Il est exalté, on lui rend un culte — mais nul ne le dit encore coégal, coéternel, consubstantiel.

IIe–IIIe siècles : l’entrée de la philosophie grecque

Pour convaincre des Grecs cultivés, les penseurs chrétiens adoptent délibérément le platonisme. Vers 150, Justin Martyr fait de Jésus le Logos, un « second dieu » engendré et subordonné au Père. L’historien Adolf von Harnack a nommé ce basculement l’« hellénisation du christianisme ».2 Au IIIe siècle, Origène pose une génération éternelle du Fils — toujours subordonné — et le latin Tertullien forge le mot « trinité », mais avec un ordre de rang : « le Père est plus grand ». À la fin du IIIe siècle, personne ne défend encore trois personnes rigoureusement égales.

IVe siècle : Nicée, puis les Cappadociens

La crise éclate avec Arius : pour lui, le Fils est créé, « il fut un temps où il n’était pas ». En 325, l’empereur Constantin réunit le concile de Nicée, qui déclare le Fils consubstantiel (homoousios) au Père — un mot absent de la Bible. Mais, comme l’a montré l’historien R.P.C. Hanson, Nicée ne règle rien : l’Église reste divisée des décennies. Le véritable aboutissement vient vers 380 avec les Pères cappadociens (Basile, les deux Grégoire) : une seule essence (ousia), trois personnes (hypostases) pleinement et également Dieu. La formule trinitaire classique est née — là, pas dans l’Évangile.

Ve siècle : les deux natures

Restait à articuler l’humain et le divin dans un même Christ. Le concile de Chalcédoine (451) tranche : un seul Christ « en deux natures », vrai Dieu et vrai homme. Le dogme est complet.

Un dogme absent des origines

Consubstantiel, ousia, hypostase, coégal, coéternel : aucun de ces termes n’est prononcé par Jésus, ni écrit par Paul, ni par un seul apôtre. Le Dieu-Fils est le fruit de siècles de conciles et de métaphysique grecque — une divinité posée, siècle après siècle, sur un homme qui priait Dieu et le disait « plus grand » que lui.

  1. Toutes les citations bibliques suivent la traduction Louis Segond (1910). ↩︎
  2. Rétrospective inspirée de l’épisode 447 du Biblical Unitarian Podcast (Dustin Smith). Elle suit la critique historique — James Dunn, R.P.C. Hanson (The Search for the Christian Doctrine of God), Larry Hurtado — et la thèse de l’« hellénisation » d’Adolf von Harnack. ↩︎