Chenouda III (1923-2012), 117e pape de l’Église copte orthodoxe d’Alexandrie, a répondu par écrit à des centaines de questions de fidèles, questions et réponses compilées dans une série d’ouvrages, Des années avec les questions des gens. À l’une d’elles — le Christ a-t-il dit qu’il était Dieu ? — il répond :
Comment croire à la divinité du Christ, alors que lui-même n’a jamais dit de lui-même qu’il est Dieu, ni dit aux gens : « Adorez-moi » ?
La question posée au patriarche
S’il avait dit de lui-même qu’il est Dieu, on l’aurait lapidé. Et s’il avait dit aux gens « Adorez-moi », on l’aurait lapidé aussi, et sa mission aurait pris fin avant de commencer. Les gens ne supportent pas une telle chose.
Réponse de Chenouda III
La question et la réponse figurent au chapitre 18 de ce recueil.1


Un aveu, pas une esquive
L’argument est franc : le patriarche ne nie pas le silence de Jésus sur sa propre divinité, il l’explique. Jésus se serait tu par prudence — pour ne pas être lapidé et voir sa mission avorter avant de commencer. C’est un raisonnement par l’absence : puisque Jésus n’a rien dit, on explique pourquoi il n’a rien dit. Mais l’absence, elle, est admise : le plus haut responsable de l’Église copte reconnaît que la divinité du Christ ne repose sur aucune déclaration de Jésus lui-même.
Surtout, l’explication se retourne aussitôt contre elle-même : comment Dieu tout-puissant pourrait-il craindre d’être lapidé par sa propre créature ? Celui qui redoute les pierres des hommes qu’il a formés n’est pas Dieu. En cherchant à sauver la divinité de Jésus, l’argument la dissout.
- Chenouda III, سنوات مع أسئلة الناس (« Des années avec les questions des gens »), questions théologiques et dogmatiques, t. 1, question 18, p. 46. Traduction de l’arabe par nos soins. ↩︎