« Dieu est amour. » Le slogan marketing par excellence des évangélisateurs chrétiens : trois mots pour vendre un Dieu de douceur, face à un Coran qu’on dit de dureté.1 Le même auteur, deux pages plus loin, écrit ceci.
Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.
1 Jean 4:8
Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas : Salut ! car celui qui lui dit : Salut ! participe à ses mauvaises œuvres.
2 Jean 10-11
Un mot, d’abord, sur ce que cet article ne traite pas. Que le Dieu de la Bible ordonne des massacres — l’anathème sur les Cananéens, l’extermination jusqu’aux nourrissons — est un dossier à part entière, et il est documenté ici : Les versets violents de l’Ancien Testament. Que Jésus lui-même annonce l’épée et le feu, aussi : Jésus est amour…
Ici, le focus est plus étroit — et c’est justement celui qu’on n’examine jamais : le contexte de cette parole. Qui la prononce, à qui elle s’adresse, et ce qu’il y a autour d’elle.
Ce n’est pas Jésus qui parle
La formule n’apparaît que deux fois dans toute la Bible : en 1 Jean 4:8 et 4:16. Deux fois dans une lettre. Jamais dans la Torah, jamais dans un Évangile. Jésus commande d’aimer son prochain, et même ses ennemis — mais il ne dit nulle part que Dieu est amour. La phrase que le christianisme donne pour sa signature n’est pas de son fondateur.
Et ce n’est même pas Jean
On dit « Jean ». Le texte, lui, ne dit rien. La lettre s’ouvre sur « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux » : un « nous » sans visage. Aucun nom, aucune salutation, aucun expéditeur — là où Paul se présente systématiquement dès la première ligne. Et l’auteur de la deuxième épître ne se dit ni Jean ni apôtre, mais « l’ancien ».2
L’objection courante — « ce n’est pas Jésus, mais c’est un apôtre » — concède donc déjà trop. C’est la parole d’un anonyme.
Le verset que personne ne cite
Le slogan s’arrête au verset 8. Le texte, lui, continue. Deux versets plus loin, l’auteur dit en quoi consiste cet amour : Dieu « nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés ».3 Un sacrifice sanglant, dans le même paragraphe. On ne cite jamais le verset 10 après le verset 8.
Un cercle fermé
Cet amour n’est pas non plus universel. Le chapitre exhorte à « nous aimer les uns les autres » et commande « que celui qui aime Dieu aime aussi son frère ». Les uns les autres. Son frère. Le cercle est tracé — et c’est pourquoi la même plume peut, sans se contredire, interdire de saluer celui qui croit autrement.
Quant à l’amour du Père, Jésus en fixe lui-même le tarif : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père » (Jean 14:21). Si. Et vingt pages plus loin, la même bibliothèque prévient que « notre Dieu est aussi un feu dévorant ».4
Une citation tronquée
« Dieu est amour » n’est pas un mensonge : c’est une phrase coupée, devenue slogan à force d’être séparée de son paragraphe. Ce qu’elle promet — un Dieu qui aime tout le monde, sans condition — le texte ne le dit nulle part. Il dit quelque chose de plus étroit : Dieu a aimé les siens au prix d’un sang versé, et ils doivent en retour s’aimer entre eux.
Opposer la douceur biblique à la dureté coranique suppose d’avoir lu les deux. Ici, il suffisait de lire jusqu’au verset 10.