« L’Évangile selon Matthieu », « selon Marc » : ces titres nous sont si familiers qu’on les croit d’origine. Pourtant, ils ne figuraient pas sur les textes initiaux : ils ont été apposés près d’un siècle plus tard.
Les évangiles auraient été écrits et signés par Matthieu, Marc, Luc et Jean.
L’idée reçue
« Aucun évangile n’identifie son auteur. Les désignations comme « L’Évangile selon Matthieu » datent de la fin du IIe siècle et ne sont qu’une estimation éclairée, des conjectures de savants de l’Église. »
R. Brown, exégète catholique
Ces noms remonteraient aux apôtres eux-mêmes.
L’idée reçue
« Les quatre évangiles ont circulé anonymement pendant des décennies ; ces titres ne figuraient pas sur les écrits originaux, ils ont été ajoutés par des copistes ultérieurs. »
B. Ehrman, historien
L’Église aurait toujours su qui les avait écrits.
L’idée reçue
Irénée de Lyon est le premier à nommer et attribuer les quatre évangiles — vers 180, soit un siècle après.
Contre les hérésies, III, 1
Des textes qui ne se nomment jamais
Ouvrez les quatre évangiles : aucun ne donne le nom de son auteur. Ils sont rédigés à la troisième personne, sans la moindre signature. « Aucun évangile n’identifie son auteur », constate l’exégète catholique Raymond Brown1. Et l’historien Bart Ehrman de préciser que « les quatre évangiles ont circulé anonymement pendant des décennies », les titres ayant été « ajoutés par des copistes ultérieurs »2.
Les noms surgissent vers 180
Les titres « selon X » n’apparaissent qu’à la fin du IIe siècle. Le premier auteur connu à nommer et attribuer les quatre évangiles est Irénée de Lyon, vers 180 — environ un siècle après leur rédaction3. Avant lui, le silence : les écrits circulent sans nom d’auteur. Ces attributions, juge Brown, ne sont qu’une « estimation éclairée », des « conjectures ».
Même un bibliste catholique le reconnaît
Ce constat n’est pas l’arme d’un polémiste hostile. Il est posé, noir sur blanc, par l’un des plus éminents exégètes catholiques du siècle dernier :
Aucun évangile n’identifie son auteur. Les désignations placées en tête des évangiles — par exemple « L’Évangile selon Matthieu » — datent de la fin du IIe siècle et représentent une estimation éclairée de l’autorat, faite par des savants de l’Église de cette époque qui rassemblaient traditions et conjectures relatives à l’attribution.
Raymond E. Brown, The Death of the Messiah, t. I, p. 4-5
Conclusion
Les quatre piliers du christianisme portent donc des noms qui ne sont pas les leurs — apposés par des savants du IIe siècle, sur la foi de traditions et de conjectures. Familiers au point qu’on les croit certains, ces titres masquent une réalité dérangeante : on ignore, au fond, qui a écrit les évangiles.
- Raymond E. Brown, The Death of the Messiah (1994), t. I, p. 4. Brown (1928-1998), prêtre sulpicien, est l’un des plus grands biblistes catholiques du XXe siècle. ↩︎
- Bart D. Ehrman, spécialiste du Nouveau Testament et de sa transmission textuelle. ↩︎
- Irénée, Contre les hérésies (Adversus Haereses), III, 1, 1, vers 180. Avant lui, Papias (début du IIe s.) ne mentionne que « Marc » et « Matthieu », en des termes qui ne correspondent pas clairement à nos évangiles. Les apologètes conservateurs jugent l’attribution ancienne et fiable ; mais le fait demeure : les noms ne sont pas dans les textes, et Irénée en est le premier témoin explicite. ↩︎