10 juin 2026 4 min de lecture Islamologia

Le voile n’est pas une invention de l’islam : une pratique déjà juive et chrétienne

Dans le débat public, le voile est devenu l’emblème de l’islam, au point qu’on le croit souvent inventé par lui. Les textes disent tout autre chose : bien avant le Coran, la Bible — juive comme chrétienne — connaît, décrit et même prescrit le voile des femmes1. Mis en regard, les deux livres révèlent une seule et même tradition.

BibleCoran

Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée.

1 Corinthiens 11:5

Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines.

Coran 24:31

Elle dit : Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre ? Et le serviteur répondit : C’est mon seigneur. Alors elle prit son voile, et se couvrit.

Genèse 24:65

Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées.

Coran 33:59

Le voile dans la tradition juive

L’Ancien Testament présente le voile comme un usage féminin ordinaire. Lorsque Rebecca aperçoit pour la première fois son futur époux Isaac, son geste est immédiat : « elle prit son voile, et se couvrit »2. Tamar, de même, « se couvrit d’un voile et s’enveloppa »3. Et le rituel de la femme soupçonnée d’adultère prévoit que le prêtre lui « découvrira la tête »4 — un geste d’humiliation qui n’a de sens que si, d’ordinaire, cette tête est couverte.

Le voile traverse aussi la poésie et la prophétie. Le Cantique des cantiques chante la bien-aimée dont les yeux sont des colombes « derrière ton voile »5, et Isaïe range « les voiles »6 parmi les parures des femmes de Jérusalem. La tradition juive a prolongé cet usage jusqu’à aujourd’hui, la femme mariée couvrant ses cheveux.

Le voile dans le christianisme

Le Nouveau Testament, lui, ne se contente pas de mentionner le voile : il le commande. L’apôtre Paul écrit aux Corinthiens que « toute femme qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef »7, et il insiste : « Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile »8.

Il en fait même une question de bon sens : « est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans être voilée ? »9. Ce commandement a façonné des siècles de pratique chrétienne — le voile porté à l’église, la mantille, et celui que portent encore les religieuses.

Le voile dans l’islam

Quand le Coran s’adresse aux croyantes, il ne crée donc pas une obligation inédite : il reprend un usage déjà installé. Il leur demande de « rabattre leur voile sur leurs poitrines »10, et invite les épouses et filles du Prophète ainsi que les croyantes à « ramener sur elles leurs grands voiles »11.

La continuité saute aux yeux. Là où la Bible montre Rebecca qui se voile et Paul qui l’impose, le Coran reconduit la même pudeur vestimentaire. L’islam hérite du voile ; il ne l’invente pas.

Conclusion

Le voile n’est donc ni une marque propre à l’islam, ni une création de celui-ci. Il traverse les trois traditions abrahamiques : pratiqué par les matriarches d’Israël, prescrit par un apôtre du Christ, repris par le Coran. Reprocher à l’islam d’avoir « inventé » le voile, c’est oublier que la Bible — l’Ancien comme le Nouveau Testament — en parlait déjà, et parfois l’ordonnait. Le voile est un héritage commun, non un signe d’exception.

  1. Bible citée selon Louis Segond ; Coran selon la traduction du Complexe du Roi Fahd (Hamidullah). ↩︎
  2. Genèse 24:65. ↩︎
  3. Genèse 38:14. ↩︎
  4. Nombres 5:18. ↩︎
  5. Cantique des cantiques 4:1 ; l’image revient au verset 4:3. ↩︎
  6. Ésaïe 3:19 ; le prophète énumère en 3:18-23 les parures des femmes de Jérusalem. ↩︎
  7. 1 Corinthiens 11:5. ↩︎
  8. 1 Corinthiens 11:6. ↩︎
  9. 1 Corinthiens 11:13 ; cf. 11:10, où la femme doit « avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend ». ↩︎
  10. Coran 24:31. Le terme employé, khimâr, désigne un voile que les femmes portaient déjà avant l’islam. ↩︎
  11. Coran 33:59 ; le terme est jilbâb, l’ample vêtement couvrant. ↩︎