29 mai 2026 5 min de lecture Islamologia

Jésus est amour…

BibleCoran

Que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement et achète une épée.

Luc 22:36

Amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et égorgez-les en ma présence.

Luc 19:27

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée.

Matthieu 10:34

Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables.

Jean 2:15

Je suis venu jeter un feu sur la terre, et qu’ai-je à désirer, s’il est déjà allumé ?

Luc 12:49

Note préliminaire : cet article n’est pas une mise en cause du Christ. Nous, musulmans, vénérons Jésus (Îsâ, paix sur lui) — prophète et messager d’Allah, Sa Parole envoyée à Marie6. Il s’agit ici d’examiner ce que les Évangiles eux-mêmes rapportent comme paroles de Jésus, et de mettre en regard cette matière textuelle avec le discours dominant — celui qui résume tout son enseignement à la formule « Jésus est amour ». Le but n’est pas de critiquer Jésus, mais de relever que cette image n’est pas, à la lettre, ce que les Évangiles transmettent.

« Jésus est amour » — la formule est devenue un raccourci culturel, un slogan presque marketing du christianisme contemporain. Elle rassemble en trois mots l’idée d’un Maître non-violent, d’un prédicateur de la douceur, d’un homme dont chaque parole respirerait la miséricorde. Pourtant, qui lit les Évangiles en entier rencontre, çà et là, d’autres paroles. Des paroles qui parlent d’épée, de feu, d’égorgement, de fouet, de division. Elles ne sont pas marginales : elles figurent dans le corps même des Évangiles canoniques, attribuées directement à Jésus.

Le verset le plus difficile : « égorgez-les en ma présence »

À la fin de la parabole des mines en Luc, le maître — figure que la tradition chrétienne interprète comme une préfiguration du Christ revenu en gloire — prononce une sentence d’une violence frontale : « Amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et égorgez-les en ma présence »1.

Le verbe employé en grec, katasphazō (κατασφάζω), désigne précisément l’égorgement rituel ou guerrier. Ce n’est pas une métaphore d’éloignement : c’est l’image d’une exécution publique. Tous les commentaires patristiques et médiévaux qui appliquent la parabole au retour du Christ rapportent ce verset à son jugement final. La parole, dans le récit lui-même, sort de la bouche de Jésus.

« Vende son vêtement et achète une épée »

À la veille de la Passion, Jésus annonce un changement de régime. Là où il avait jusqu’alors envoyé ses disciples sans bourse ni sac, il leur recommande désormais l’inverse : « Maintenant, au contraire, que celui qui a une bourse la prenne, que celui qui a un sac le prenne également, et que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement et achète une épée »2.

L’instruction est tellement claire que les disciples, dans le verset suivant, lui répondent qu’ils possèdent déjà deux épées — ce à quoi Jésus rétorque : « Cela suffit. » Les apologètes contemporains tentent souvent de lire ce passage de façon symbolique. Mais la consigne est concrète : vendre un vêtement (un bien réel) pour en acheter une arme (un objet réel). Le commentaire patristique de Jean Chrysostome lui-même ne nie pas la dimension littérale.

« Non la paix, mais l’épée »

Le contraste avec le slogan « Jésus est amour » trouve sa formulation la plus directe en Matthieu 10. Jésus y dit lui-même : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée »3. Et il enchaîne en annonçant que sa venue divisera l’homme contre son père, la fille contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère.

La formule est lapidaire : il nie expressément être venu apporter la paix. Aucun commentateur sérieux ne peut faire dire à ce verset l’inverse de ce qu’il dit. Comment alors le concilier avec l’image d’un Jésus qui ne serait qu’amour, douceur, et concorde ?

Le fouet du Temple et le feu sur la terre

Il y a aussi l’acte de violence physique le plus explicite des Évangiles : la scène du Temple. Selon Jean, Jésus n’improvise pas un coup de colère — il prend le temps de tresser un fouet : « Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables »4. Et il y a, dans le même registre, l’image du feu : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et qu’ai-je à désirer, s’il est déjà allumé ? »5.

Ce que rapportent les Évangiles, et ce qu’on en retient

Les paroles précédentes ne sont pas des apocryphes : elles font partie du texte canonique reçu par toutes les Églises chrétiennes. Elles ne disqualifient pas Jésus — pour le musulman, il reste un prophète honoré, vénéré, et reconnu comme Parole d’Allah. Mais elles posent une question simple aux prédicateurs et aux apologètes contemporains : pourquoi, quand on présente le christianisme par sa formule la plus condensée (« Jésus est amour »), occulte-t-on systématiquement cette autre matière — pourtant intégrale aux mêmes Évangiles ?

La cohérence intellectuelle exige soit d’assumer ces versets dans leur littéralité (ce que peu d’apologètes osent faire publiquement aujourd’hui), soit de reconnaître que la formule « Jésus est amour » résume très imparfaitement ce que les textes transmettent. Tout le reste relève d’un choix éditorial, non d’une lecture fidèle des Évangiles eux-mêmes.

  1. Luc 22:36 (Louis Segond). ↩︎
  2. Luc 19:27 (Louis Segond). Tire de la parabole des mines, mais ou le maitre u2014 figure traditionnellement interpretee comme le Christ a son retour u2014 prononce lui-meme la sentence. ↩︎
  3. Matthieu 10:34 (Louis Segond). ↩︎
  4. Jean 2:15 (Louis Segond). ↩︎
  5. Luc 12:49 (Louis Segond). ↩︎
  6. Coran 4:171 u2014 sur le statut de Jesus (Isa) en Islam : u00ab Le Messie Jesus, fils de Marie, n’est qu’un Messager d’Allah, Sa parole qu’Il envoya a Marie, et un souffle de Lui u00bb. Vere par les musulmans, mais comme prophete, non comme dieu. ↩︎